Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France

 

Ce petit ouvrage se présente comme un mini-dictionnaire dont les entrées variées comprennent aussi bien Maurice Barrès que Guy Môquet, Jeanne d’Arc que Clémenceau, Léon Blum que Lyautey. Chaque notice a été rédigée par l’un des historiens appartenant au CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire) dont le manifeste, adopté en juin 2005, est disponible sur leur site internet. Parmi ces historiens, citons Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich ou Gérard Noiriel.

S’appuyant sur les discours prononcés par Nicolas Sarkozy, chaque notice interroge le recours aux personnages et aux évènements historiques invoqués en les passant au crible des dernières recherches. Pointant les contradictions, les anachronismes et les instrumentalisations, le constat est souvent fait d’un usage purement rhétorique de l’histoire destiné à récupérer les différentes traditions politiques en les confondant l’une l’autre.

Au final, si la méthode mise à l’oeuvre dans ces discours producteurs de consensus national peut-être assez facilement décryptée et se révèle à la longue assez répétitive, ce petit livre nous permet d’approcher la dernière campagne présidentielle de manière originale, chaque moment-clé étant le plus souvent associé à une nouvelle référence historique.

Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich, Editions Agone, 2008, 15 euros.

 

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Livre : le centre introuvable

craiutu.jpgBien que Pierre Rosanvallon se soit attaché, dans son Moment Guizot, à briser les clichés sur l’auteur du fameux « Enrichissez-vous ! », il n’en demeure pas moins lié à une image austère, à des ambitions petites-bourgeoises et à des conceptions réactionnaires de la société du XIXème siècle.

Si cela n’est pas totalement faux quand on pense au dernier Guizot, il ne doit toutefois pas faire oublier le Guizot de la jeunesse, celui dont la pensée fut la plus prolifique au moment de la Restauration. C’est principalement cette période, qu’il considère comme le grand laboratoire à idées du XIXème siècle, qui intéresse Aurelian Craiutu dans son Centre introuvable. Partant de Guizot et de son influence sur les penseurs majeurs de l’époque, en premier lieu Tocqueville, il s’essaye à restituer les idées des doctrinaires, ces libéraux effrayés autant par les excès crispés des ultraroyalistes que par une démocratie toute puissante.

Mais ce « juste milieu », objet de la quête de Guizot, Royer-Collard, Barante ou Rémusat, a du même coup été attaqué des deux côtés et subsiste le plus souvent sous forme de fragments retouchés par la caricature. D’autre part, plus soucieux de développer une pensée originale permettant de sortir de la spirale engendrée par la Révolution plutôt que de se faire entendre, les doctrinaires n’ont que peu suivi la maxime de Boileau et n’ont pas énoncé clairement ce qu’ils concevaient pourtant bien. C’est la tâche que se donne Aurelian Craiutu en revenant aux textes des doctrinaires.

Le Centre introuvable, Aurelian CRAIUTU, Plon, 2006, 23 euros

 



Livre : De la religion en Amérique

lacorne.jpgPartant du lieu commun selon lequel il n’y aurait pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat aux Etats-Unis, Denis Lacorne remonte jusqu’au Mayflower afin de déterminer les visions qui ont successivement prévalu sur cette question. Pour cela, il confronte les témoignages et perceptions d’ Américains et d’Européens. N’oubliant pas Tocqueville, il accorde cependant autant d’attention à des auteurs moins connus et parfois négligés.

Si l’image que nous avons actuellement de la religion en Amérique dérive surtout de l’évangélisme qui s’est développé au XIXème siècle, Denis Lacorne insiste sur le pluralisme religieux qui, pour les premiers colons, apparaissait comme une garantie de liberté. Des quakers tant vantés par les philosophes déistes des Lumières pour leur ouverture d’esprit aux puritains le plus sévère, l’éventail est large en effet. Mais au fur et à mesure que les flux migratoires se diversifient, l’idéal de diversité se fait moins prégnant et la méfiance s’instaure, plus particulièrement à l’égard des immigrés catholiques d’Irlande accusés de remettre en cause la république par leur allégeance à Rome.

C’est cette perception nativiste de l’histoire américaine qui serait encore aujourd’hui sous-tendue dans les thèses développées par Samuel Huntington.

(suite…)



Livre : Aux armes, historiens

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La Révolution française est à l’honneur en ce début 2008. Tandis que Le livre noir de la Révolution relance les polémiques du bicentenaire de 1989, Stock réédite des discours de Robespierre préfacés par le très convoité philosophe et psychanalyste Zlavoj Zizek. Dans le même temps, La Découverte publie sous le titre Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française, trois conférences de Eric J. Hobsbawn, données en avril 1989, avec une nouvelle postface de l’auteur.

Dans la première d’entre elles, Hobsbawn s’attache à retracer la genèse de l’idée de « Révolution bourgeoise » qu’il place chez les penseurs libéraux de la Restauration avant même de l’attribuer à Marx. En cela, et dans le contexte de l’époque, Hobsbawn, engagé à gauche, cherche à se distinguer de la pensée « révisionniste » de François Furet.

Hobsbawn étudie ensuite les développements de la Révolution française à l’étranger. Passant bien vite sur l’Angleterre, qui n’en aurait retenu que la Terreur et l’aspect sanglant, il s’attarde sur l’Allemagne et sur la séduction un temps exercée par la Marseillaise sur les jacobins allemands puis sur les socio-démocrates, mais c’est dans la Russie soviétique que l’on trouve le plus d’admirateurs autoproclamés. Hobsbawn démontre ainsi comment la plupart des acteurs de la Révolution russe ont voulu s’identifier à l’un des grands révolutionnaires français.

Enfin, jugeant le bicentenaire à l’aune de ce que fut le centenaire de 1889 _ boudé par les ambassadeurs de nombre de pays et un peu éclipsé par la tour Eiffel _ Hobsbawn mesure les progrès réalisés dans l’étude de la Révolution. Si le centenaire était loin d’avoir fait l’unanimité, il s’inscrivait cependant dans une IIIème République ayant définitivement reconnu la Révolution française comme fondatrice et se réclamant de ses symboles. Dès lors, l’historiographie de la Révolution pouvait véritablement commencer.

Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française, Eric J. HOBSBAWN, La Découverte, 2007, 14,50 euros.





Livre : Histoire du libertinage

Un titre accrocheur qui semble faire écho à l’exposition sur l’enfer de la Bibliothèque nationale. L’un comme l’autre, il est vrai, tiennent à souligner la valeur d’exemple des textes de l’Arétin illustrés par Giulio Romano, sorte de Kamasutra européen. Mais le livre de Didier Foucault, professeur agrégé enseignant à Toulouse-Le Mirail, va beaucoup plus loin. Si l’auteur choisit de parler du libertinage dans son ensemble c’est qu’il refuse de distinguer, comme nombre d’études antérieures, le versant intellectuel, dit aussi libertinisme, et la liberté des moeurs. Selon lui, ces deux facettes du libertinage ne peuvent qu’être étudiées en relation pour pouvoir être proprement appréhendées. De la même manière, alors que l’on fait généralement remonter les origines du libertinage au XVIème ou au XVIIème siècle, Didier Foucault en relève les prémices dès le Moyen Age chez les goliards, ces joyeux clercs qui chantent l’amour en termes souvent osés et qui ont notamment inspiré Patrick Besson, nous en avions parlé ici.

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Traversant les courants philosophiques, Didier Foucault s’arrête aux doctrines et aux grands noms qui les ont discutées à l’instar de Giordano Bruno ou d’Etienne Dolet, mais il s’interroge aussi sur l’importance à accorder à ces rares témoignages de particuliers qui, au cours des siècles, attestent d’un doute sur les enseignements de l’Eglise ou même d’un athéisme convaincu. A côté des Cathares, ce sont de multiples petits groupes qui émergent, apportant leurs propres réponses aux grandes questions et allant parfois jusqu’à récuser comme nulle et non avenue toute forme de morale.

Erudit et exigeant, ce voyage dans l’histoire des idées du Moyen Age au XVIIIème siècle, n’en est pas moins fascinant. Il nous rappelle, si nous étions tentés de regarder d’un oeil goguenard nos crédules ancêtres, que les préoccupations métaphysiques ne leur étaient pas inconnues et qu’elles n’étaient pas seulement réservées à quelques sorbonagres.

Histoire du libertinage, Didier FOUCAULT, Perrin, 2007, 23,50 euros.



Livre : Les Passions intellectuelles

Dans son troisième tome des Passions intellectuelles, Elisabeth Badinter s’intéresse aux années 1762-1778. Ces années de transition entre la fin du règne de Louis XV et l’avènement de Louis XVI marquent l’apogée de la pensée française des Lumières. Les savants et les philosophes sont alors l’objet de tous les soins des « despotes éclairés » qui, comme Catherine II et Frédéric II, aiment les recevoir à leur cour. C’est l’occasion idéale pour  redorer leur blason à peu de frais.

Suivant tour à tour Voltaire, Beccaria, d’Alembert, Diderot, Condorcet, Turgot et Malesherbes, nous comprenons mieux les affinités qui liaient les uns et les autres. Nous découvrons aussi un parti philosophique moins uni qu’on ne le présente généralement et qui se trouve souvent face à la contradiction de prêcher la liberté de l’esprit en cultivant la proximité du pouvoir. 

Enfin, le découpage chronologique, qui ignore les dates des règnes, permet de mieux mesurer l’enthousiasme que provoque, dans le monde des lettres, l’avènement de Louis XVI. L’arrivée de Turgot au gouvernement signe la reconnaissance tant attendue et met soudainement fin à la frustration ruminée tout au long du règne précédent.

Un livre qu’on ne quitte plus, à apprécier comme un après-midi chez Julie de Lespinasse.

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Les Passions intellectuelles, III, Volonté de pouvoir (1762-1778), Elisabeth BADINTER, Fayard, 2007, 22 euros

 



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